Peintre coréenne Kim Hyun Jung ARTIST Hyunjung KIM

MEIPIAN | Portraits de Kim Hyun Jung : la beauté intérieure – Un repos parfait après le repas en solitaire

Catégorie Journaux et articles en ligne Publié le 2026.03.19

Cet épisode de la série de chroniques « Portrait de la Corée » de l'artiste peintre coréenne Kim Hyun Jung, intitulé « Naesoong : un repos parfait au-dessus du repas en solitaire », aborde, à travers l'œuvre <Naesoong : la table parfaite>, la fatigue et le repos incomplet qui se cachent derrière la culture du repas en solitaire (honbap). Cette chronique a été diffusée et citée par une cinquantaine de médias étrangers ; le présent texte correspond au communiqué de presse original destiné aux médias chinois (retrouvé dans la sauvegarde du blog de l'artiste).

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La société coréenne prône aujourd'hui sans relâche « l'art de bien manger et bien vivre seul ». Les entreprises parlent d'équilibre vie professionnelle-vie personnelle, les médias présentent le repas et la boisson en solitaire comme le style de vie d'une ère nouvelle. Mais derrière cela se cachent des corps et des esprits épuisés. Manger seul n'est pas tant une liberté que l'ombre d'une structure de travail qui ne laisse même pas le temps de partager un repas avec d'autres. Les injonctions à prendre soin de soi abondent, mais le temps et les moyens nécessaires pour rendre ce soin possible retombent sur l'individu. Ce que les personnes épuisées saisissent, ce n'est pas un séjour dans une station balnéaire coûteuse, mais l'écran d'une application de livraison. Ce qui me dérange, c'est cette contradiction d'une société qui prêche « aime-toi toi-même » alors qu'elle réduit en réalité jusqu'au repos minimal à une simple compétence individuelle de gestion de soi.

Kim Hyun Jung, <Naesoong : la table parfaite>, 130 x 162 cm, encre et lavis clair sur papier hanji, collage

Le cœur de cette œuvre est le carton de livraison. Emballage à usage unique, il révèle sans détour le caractère éphémère et improvisé de nos vies. Tout comme les piles de carton ondulé s'amoncellent aujourd'hui devant la porte pour disparaître dès le lendemain, notre repos repose lui aussi toujours sur un expédient provisoire. Un repas tardif, pris après des heures supplémentaires, en s'inquiétant déjà du lendemain matin. Non pas une table dressée pour la famille, mais un assemblage de plats choisis tant bien que mal pour remettre sur pied un corps épuisé. La sauce noire du jjajangmyeon et l'éclat gras du tangsuyuk (porc aigre-doux) sont loin d'incarner la santé ou la modération, et pourtant ce repas demeure indéniablement un petit rituel qui confirme que l'on est bien vivant. L'écran du smartphone, où des vidéos courtes défilent automatiquement, vacille sans cesse comme le signal d'un esprit qui aspire à cesser de penser. La perfection, ici, ne désigne pas l'équilibre entre le goût et la valeur nutritive, mais ce vide mental où, l'espace d'un instant, on n'a plus rien à juger.