Peintre coréenne Kim Hyun Jung ARTIST Hyunjung KIM

Chosun Ilbo | [La radio en images de Kim Hyun Jung (10)] Le bruissement de la jupe de hanbok contre le jupon…

Catégorie Journaux et articles en ligne Publié le 2015.08.04

Dans sa chronique [La radio en images de Kim Hyun Jung], la peintre coréenne Kim Hyun Jung raconte son lien avec le hanbok depuis l'enfance et explique pourquoi, dans la série « Naesoong », le hanbok est représenté par un collage de papier hanji fin laissant transparaître la silhouette nue du personnage. Elle précise avoir voulu donner une forme visuelle, à travers ce hanbok semi-transparent, à l'idée que ce qui est caché à l'extérieur finit toujours par se révéler.

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La rencontre avec le hanbok et la série « Naesoong »

Froufrou, froufrou…

À chaque pas, un bruit naît du frottement de la jupe de hanbok contre le jupon. Un murmure très doux, qui ne se glisse qu'à mon oreille. Depuis l'enfance, ma mère aimait porter le hanbok, et moi, séduite par cette silhouette gracieuse, je suppliais qu'on m'en fasse coudre un aussi. C'est ainsi que j'ai noué ma première relation avec le hanbok.

Le hanbok est un élément formel essentiel qui traverse toute la série « Naesoong ». D'abord, en tant que costume représentatif de notre culture traditionnelle, le hanbok incarne, dans chaque œuvre de la série, la valeur de la « transmission de la culture traditionnelle coréenne » que je poursuis. Il permet aussi, accessoires compris, une multitude de combinaisons de couleurs et de formes, ce qui lui confère une fonction essentielle comme élément esthétique de l'œuvre, tout en symbolisant, par contraste avec les accessoires modernes et le quotidien, une rupture avec les conventions établies.

C'est pourquoi, dans la série « Naesoong », le hanbok est représenté de façon à laisser transparaître, à travers un collage de papier hanji fin, la silhouette nue du personnage. Cela illustre directement la nature même du « Naesoong » : même si l'on dissimule les apparences sous l'ample jupe, l'intérieur finit par se révéler.

< Naesoong : trois, deux, un, lancement / Feign : Three, Two, One, Launch ! > Kim Hyun Jung a étudié la peinture est-asiatique à l'Université nationale de Séoul, où elle a également achevé ses études supérieures. Elle attire aujourd'hui l'attention du monde de l'art coréen en exprimant de façon originale, à travers le hanbok, le thème aussi singulier que séduisant du « Naesoong ». www.kimhyunjung.kr

Dans la série « Naesoong », le hanbok remplit ces fonctions tout en apparaissant, en fin de compte, comme un élément formel à part entière, métaphore de la « tension entre le moi et le regard d'autrui ».

Le hanbok, à travers lequel on voit clairement, illustre de façon imagée la nature du Naesoong : même si l'on feint, l'être intérieur de chacun reste intact, caché en son sein, et finit un jour par se révéler. Cela est étroitement lié à la technique du collage et du lavis à l'encre par laquelle le hanbok est rendu dans « Histoire de Naesoong ». Le hanbok que porte la femme Naesoong est semi-transparent : la silhouette du corps nu transparaît sous les pans du vêtement.

Parfois, comme on peut le voir dans < Naesoong : trois, deux, un, lancement >, la silhouette du corps apparaît presque intégralement sous le bas de la jupe du hanbok. Cette silhouette qui transparaît sous le vêtement est une métaphore de l'être intérieur que chacun de nous cache habituellement, sans jamais le montrer. Nous conservons tous un monde intérieur où subsiste notre nature véritable, et même si nous le dissimulons par ce Naesoong que symbolise le pan du vêtement, il finira tôt ou tard par se révéler. Et il nous faut, tout en acceptant le regard d'autrui, façonner ce monde intérieur de façon autonome, et nous montrer un peu plus honnêtes et plus assurés face à lui. C'est cette conscience thématique que j'ai voulu incarner symboliquement à travers la transparence du hanbok.

Cette utilisation du hanbok renverse en quelque sorte la propriété générale qu'on lui attribue habituellement. Le hanbok est un costume qui possède un fort caractère « dissimulateur ». Loin de laisser transparaître l'intérieur de la jupe ou du corsage, le hanbok féminin, en superposant les jupons, dissimule au contraire le corps de la femme de façon rigoureuse. Un hanbok dont on verrait à travers la jupe est d'ailleurs difficilement imaginable au regard de la tradition originelle de ce costume. Cette propriété première du hanbok se rapproche de celle qui consiste à dissimuler les sentiments véritables. Tout comme il est difficile d'embrasser du regard l'ampleur de la jupe d'une femme, il est difficile de mesurer la sincérité que les gens cachent au fond de leur cœur.

Mais moi, je renverse une fois cette propriété du hanbok, pour entrouvrir doucement un passage vers l'intériorité du personnage. À partir de la silhouette qui transparaît derrière le vêtement, j'espère que le spectateur trouvera la clé qui lui permettra d'atteindre, au-delà de cette silhouette, l'être intérieur du personnage.

Le hanbok qui a captivé mon regard depuis l'enfance, et le doux bruissement qu'il produisait… c'est de là qu'ont pris leur source mon monde intérieur et le vôtre. Et le murmure de ces mondes intérieurs.

Et si, ne serait-ce que pour aujourd'hui, nous laissions ce murmure se révéler avec transparence ? Accueillons notre moi pudique mais sincère, et pour cela même précieux. Sous ce pan de jupe ample et beau comme une jarre, montrons avec transparence le monde intérieur que chacun de nous dissimule. Osons un Naesoong mignon et attachant, dont on peut voir clairement jusqu'à l'intérieur.