Women’s News | La femme qui peint « Naesoong » : Kim Hyun Jung
Dans son édition du 17 octobre 2014 (n° 1309), Women's News a présenté l'artiste Kim Hyun Jung, dont la série « Naesoong » peint des femmes en hanbok mangeant des ramyeon ou du jjajangmyeon, ou pratiquant du sport. Kim Hyun Jung y confie comment elle en est venue à peindre le thème de « Naesoong » — l'écart entre les apparences et la réalité intérieure — en se prenant elle-même pour modèle, pourquoi elle aime porter le hanbok, et son souhait de rendre l'art plus accessible.
Voir le texte intégral
Une femme vêtue d'un élégant hanbok est à demi allongée, cuisses dénudées. À en juger par le bol de jjajangmyeon vide qu'elle tient à la main, elle semble rassasiée. Sur le carton de ramyeon qui lui sert de table sont entassés tangsuyuk et mandu. On est loin de l'image d'une jeune femme de bonne famille bien élevée. C'est l'un des tableaux de la « série Naesoong » de l'artiste Kim Hyun Jung (26 ans), surnommée « l'idole de la peinture coréenne ». L'an dernier, ses œuvres avaient établi un record de vente totale lors de l'exposition « Naesoong Iyagi » (Histoires de Naesoong), organisée au Seoul Arts Center. En juin dernier, son exposition au Gana Insa Art Center avait attiré 3 451 visiteurs, un record absolu.
« En cherchant dans le dictionnaire, j'ai découvert que 'naesoong' désigne cet écart entre ce que l'on montre et ce que l'on est vraiment. Mes œuvres expriment, à travers la peinture, les sentiments et les comportements sincères qui se cachent derrière ce naesoong. Au départ, j'ai commencé à peindre parce que ce décalage entre façade et réalité, chez les gens, me dérangeait ; mais en travaillant en me prenant moi-même pour modèle, c'est tout naturellement ma propre image qui s'est mise à apparaître. N'y a-t-il pas, chez chacun de nous, un peu de naesoong ? »
Kim, qui a commencé à dessiner en CE2, s'est mise à peindre le thème de « Naesoong » dès sa deuxième année d'études de peinture est-asiatique à l'Université nationale de Séoul. Elle ne s'y consacre toutefois véritablement que depuis deux ans. Elle peint des femmes en hanbok selon la technique du lavis à l'encre légèrement rehaussé de couleurs (sumukdamchaehwa). Sur ces tableaux tracés d'un pinceau délicat, elle colle du papier hanji aux teintes vives. Elle puise ses idées dans la vie quotidienne. C'est de sa vie d'artiste, faite de longues séances de travail à l'aube, et de l'envie de « se remettre au sport », qu'est née la série « Olympiade de Naesoong ». On y voit la femme Naesoong faire de l'escalade, des redressements assis, ou jouer au billard et au golf.
« L'idée m'est venue en observant les dames qui font du sport dans le parc de quartier près de mon atelier. J'ai aimé voir ces gens aux tenues et aux visages si variés, totalement absorbés par leur exercice. D'habitude, mon seul 'sport', c'était respirer — mais grâce à elles, je me suis dit qu'il fallait vraiment que je m'y mette. »
Elle porte souvent le hanbok. Lors d'événements extérieurs, de conférences ou de visites d'expositions, elle insiste toujours pour le porter. La raison : en tant que peintre du hanbok, elle estime devoir bien en connaître les caractéristiques.
« Ma mère, qui aime porter le hanbok, a beaucoup compté. Avec toutes nos fêtes de famille, j'ai souvent eu l'occasion d'en porter. Je pense qu'il faut le porter souvent soi-même pour bien en exprimer le charme. La large jupe du hanbok, en particulier, est un espace secret : personne ne sait si, dessous, je me tiens le poids sur une hanche. (rires) »
Bien que remarquée comme jeune artiste prometteuse, elle a connu, comme beaucoup de vingtenaires, des périodes de doutes sur son avenir. « Je me demandais si, en devenant artiste, je n'allais pas mourir de faim. Une aînée à qui je confiais mes inquiétudes m'a dit un jour : peins tout simplement comme travaillerait un 'employé de Samsung'. Depuis, je peins avec plus d'assiduité et de sérieux que quiconque. Tout le monde vit avec ses angoisses, mais j'aimerais qu'on ne les ressente pas comme une pression trop lourde. » Elle donne des cours au lycée d'art d'Anyang et échange souvent de tels propos avec ses élèves, ce qui crée entre eux une véritable complicité.
Son rêve est d'abattre les barrières de l'art.
« Cela m'attriste quand les gens pensent que l'art est 'difficile'. Face à un tableau qui vous paraît un peu obscur, ne vous dites surtout pas que vous êtes 'ignorant' ou que c'est 'gênant'. À force de le regarder et d'en profiter, on finit par le ressentir, et l'envie d'acquérir l'œuvre vient naturellement. À l'avenir, je ne veux pas être une artiste focalisée sur l'image qu'elle renvoie aux autres, mais une artiste qui exprime, aussi sincèrement que possible, ce qu'elle ressent vraiment. »
Journaliste Lee So-young / greensso@womennews.co.kr
[Légende photo] « Naesoong : la vie est belle » (à gauche) et « Pomsaengpomsa : la femme pure ».