Journal de l’Université nationale de Chungbuk | Naesoong, un regard sur mon vrai visage
Le journal de l'Université nationale de Chungbuk a mis en lumière, à travers un entretien avec la peintre coréenne Kim Hyun Jung, la genèse et la philosophie artistique de sa série « Naesoong ». Partant de ses réflexions sur le regard d'autrui, Kim Hyun Jung a expliqué comment elle en est venue à peindre « Naesoong » comme un autoportrait, et a exposé son objectif d'artiste en dialogue avec le public.
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Voici une femme vêtue d'un élégant hanbok. Son image dans le tableau suffit à nous arracher un sourire. Car celle qui, parée de son hanbok, devrait se tenir avec toute la retenue et le décorum requis, joue ironiquement au billard ou livre des repas à moto pour McDonald's. Ailleurs, vêtue d'un jeogori rouge et d'une jupe noir profond, elle prépare des ramen, le regard posé sur un sac de luxe et un gobelet Starbucks. L'artiste qui capture ces silhouettes féminines singulières sur le papier blanc n'est autre que Kim Hyun Jung, désignée en 2014 par le Dong-A Ilbo parmi les « 100 personnalités qui feront rayonner la Corée dans dix ans » et lauréate en 2015 du prix culturel Cheonggang lors de la 8e édition du prix de la Femme de culture de l'année. À quoi ressemble donc la vie de cette femme que peint Kim Hyun Jung ? Entrons dès à présent dans son récit.
Une fillette qui suivait sa sœur dans la peinture entre dans l'univers de la peinture coréenne
Contrairement aux femmes flamboyantes de ses tableaux, la raison qui l'a poussée à se lancer dans la peinture coréenne est tout à fait ordinaire.
« En général, les petites sœurs veulent imiter leurs grandes sœurs, et les filles veulent ressembler à leur mère. Moi aussi, j'ai tout naturellement commencé l'art en suivant ma sœur, qui étudiait les beaux-arts. Si j'ai choisi la peinture coréenne parmi tant d'autres disciplines, c'est parce qu'elle m'a procuré un choc de fraîcheur que je n'avais jamais ressenti dans des œuvres réalisées avec des matériaux de peinture occidentale. J'ai particulièrement voulu atteindre l'esprit, le sens aigu de l'observation et la vivacité du geste du maître Kim Hong-do, tels qu'ils apparaissent dans <Mudong> et <Ssireum> ; cette aspiration m'a poussée à rester fidèle aux techniques et matériaux propres à la peinture coréenne. »
Bien qu'elle ait débuté l'art de manière ordinaire, elle s'est montrée, pour produire de meilleures œuvres, plus passionnée et plus ambitieuse qu'aucune autre étudiante. Elle a étudié la peinture coréenne à l'Université nationale de Séoul tout en suivant un double cursus en gestion. Travaillant plusieurs fois plus que les autres étudiants, elle obtenait de meilleures notes que les étudiants spécialisés en gestion.
« Depuis que j'ai décidé de devenir artiste, j'ai beaucoup réfléchi aux limites du marché de l'art coréen et aux difficultés des jeunes artistes. Pourquoi l'artiste a-t-il faim alors que le prix de ses œuvres est fixé si haut ? Tous les artistes qui rêvent d'art ne pourraient-ils pas déployer leur univers créatif sans être freinés par des difficultés matérielles ? Ces questions n'ont cessé de me hanter, et pour y répondre, j'ai pensé qu'il me fallait mieux connaître le marché de l'art ; c'est ce qui m'a décidée à suivre un double cursus en gestion. Bien sûr, ce n'est pas parce que j'ai étudié cette discipline que je comprends parfaitement le marché de l'art, et comme la gestion et la peinture orientale sollicitent alternativement l'hémisphère gauche et l'hémisphère droit du cerveau, il m'est arrivé de ressentir une véritable surcharge mentale. Mais la gestion est assurément une discipline qui m'a permis de regarder le monde avec un point de vue différent, plus large. »
Histoires de Naesoong, une rupture dans la manière de penser
Dans un milieu artistique où l'expérience et l'ancienneté comptent tant, c'est sa première exposition personnelle, « Histoires de Naesoong », qui a révélé cette jeune artiste de 28 ans comme une valeur montante. Pour elle, le travail créatif était un processus de recherche de réponses à ses propres interrogations, qu'elle a su exprimer avec audace et esprit.
« Depuis l'adolescence, j'étais une élève très sensible au « regard » des autres. Plutôt que de vivre la vie que je souhaitais, je ne faisais que courir après l'image reflétée dans le regard d'autrui. Ce regard étant devenu la mesure de ma vie, il m'est devenu de plus en plus difficile à supporter. Pour retrouver mon moi effacé et retrouver un centre de gravité stable, j'avais besoin d'un temps d'interrogation : « quel genre de personne suis-je ? » ou « quel genre de personne devrais-je être ? ». C'est ainsi que j'ai commencé le travail « Histoires de Naesoong ». »
Que signifie donc réellement « Naesoong » pour elle ?
« Naesoong est, à mon sens, ce décalage ordinaire qui apparaît, indépendamment du sexe, chez des gens ordinaires poussés par le désir universel d'être reconnus par autrui, cherchant à dissimuler leurs manques pour ne montrer que leur meilleur visage. Lorsque j'ai conçu pour la première fois « Histoires de Naesoong », mon intention était de caricaturer des personnes dont l'apparence diffère de l'intérieur. Mais en poursuivant ce travail, j'ai soudain réalisé que les personnages de mes tableaux me ressemblaient non seulement physiquement, mais aussi dans leur essence — et le sujet de mes œuvres a alors glissé vers moi-même. J'ai fini par comprendre que je possédais moi-même les traits que je voulais caricaturer, et que ce que je détestais chez les autres n'était au fond que les aspects de moi-même que je voulais renier. À partir de là, j'ai compris « Naesoong » comme « toute attitude consistant à afficher une apparence différente de son sentiment intérieur afin de satisfaire le regard d'autrui ou les attentes sociales », et j'ai commencé à peindre, comme autant d'autoportraits, les situations de Naesoong que je pouvais retrouver dans mon propre quotidien. En définitive, la série « Naesoong » actuelle est donc un autoportrait confessionnel. »
Au-delà de la représentation de ses œuvres comme des autoportraits, c'est surtout le « contraste » présent dans ses tableaux qui fait ressortir davantage le thème de « Naesoong » : le contraste entre le hanbok, symbole de décorum et d'élégance, et les gestes quotidiens que la femme qui le porte accomplit, ainsi que le contraste entre la technique traditionnelle de coloration de la peinture orientale et la technique occidentale du collage.
« J'ai fait du hanbok le motif principal de mes œuvres parce que je voulais, par le contraste entre ce vêtement symbole de décorum et d'élégance et les gestes très décontractés, quotidiens et machinaux de celle qui le porte, suggérer métaphoriquement le décalage entre l'apparence et l'intériorité, tout en évoquant la liberté que procure une rupture avec les conventions sociales. Le contraste entre « le décorum » et « le quotidien » devient ainsi le médium qui exprime, par métonymie, ce contraste des apparences qu'est « Naesoong ». Par ailleurs, le hanbok, composé de plusieurs couches superposées et doté d'une jupe longue et ample, est un vêtement à forte capacité de dissimulation. En peignant d'abord le personnage nu avant de le recouvrir de ce hanbok par un collage de papier hanji laissant transparaître l'intérieur, je peux rendre plus dramatique encore la curiosité psychologique du spectateur qui cherche à percer l'intériorité du personnage feignant la pudeur. Plus on dissimule, plus grand est le plaisir de débusquer ce qui se cache en dessous. »
Rêver d'être une artiste en dialogue avec le public
Pour elle, ses œuvres sont à la fois un processus de recherche de réponses à ses propres interrogations et une fenêtre de dialogue avec le public ; pour le public, elles offrent une échappée hors d'un monde impitoyable. Convaincue que rien ne peut la satisfaire autant que la peinture, on peut légitimement attendre avec intérêt les œuvres qu'elle nous présentera à l'avenir.
Son exposition personnelle « Naesoong Olympiade », présentée en juin de l'année dernière au Gana Insa Art Center à Insa-dong, a battu un nouveau record de fréquentation depuis l'ouverture du centre, avec jusqu'à 3 733 visiteurs en une seule journée et environ 24 000 visiteurs au total. Son exposition personnelle de cette année a elle aussi vu ses œuvres se vendre intégralement à chaque fois : sa démarche paraît aussi assurée et sans complexe que ses œuvres elles-mêmes. Pourtant, le titre de « peintre » lui inspire toujours une certaine appréhension.
« Avant même d'être peintre de peinture coréenne, vivre en tant que « peintre » tout court comporte beaucoup d'appréhension. La formule « l'artiste a faim » illustre bien à quel point il est difficile de vivre de ce métier. Quand je peins en tant qu'artiste, je suis vraiment heureuse, mais lorsque, à travers de nombreux projets, je réalise combien les jeunes artistes sont en position de faiblesse en Corée, j'éprouve aussi un sentiment de frustration. De plus, en tant que peintre de peinture coréenne vivant dans le présent, je dois exprimer mes sujets de façon contemporaine tout en les accordant harmonieusement avec des matériaux traditionnels ; cela exige toujours beaucoup de recherche, et je redoute sans cesse de ne pas parvenir, au final, à une œuvre véritablement harmonieuse. »
Bien qu'elle ait accompli beaucoup de choses en tant que peintre de peinture coréenne à un jeune âge, elle nourrit encore de nombreux rêves à réaliser.
« Mon objectif ultime est d'abord de m'imposer en tant qu'artiste à part entière, mais je souhaite aussi contribuer à ce que l'art s'intègre dans la vie quotidienne, en instaurant une culture et des structures que chacun puisse apprécier. Plus encore, j'imagine parfois devenir une sorte d'« ambassadrice de la culture traditionnelle », capable d'expliquer au grand public les traditions qui transparaissent dans notre art. Par ailleurs, je m'efforce ces derniers temps d'ouvrir un genre que j'appelle le « dessin social » : grâce aux réseaux sociaux, le public et l'artiste achèvent ensemble une même œuvre. J'ai ainsi plusieurs rêves, mais leur objectif final se résume à une seule chose : un art en phase avec le public, un art partagé avec les jeunes artistes. »
Elle n'a pas non plus oublié d'adresser un conseil aux étudiants de notre université qui souhaitent emprunter la même voie qu'elle.
« Je crois que si l'on travaille avec un amour sincère et profond pour ce que l'on fait, on en récolte toujours de bons résultats. Les moments difficiles reviennent sans cesse, mais je suis convaincue qu'en se rappelant à chaque fois son rêve, son amour du travail et sa passion, et en surmontant chaque instant, de bons moments finiront par arriver. »