Peintre coréenne Kim Hyun Jung ARTIST Hyunjung KIM

MediaSK | La peintre qui peint Naesoong : l’artiste coréenne Kim Hyun Jung

Catégorie Journaux et articles en ligne Publié le 2017.01.26

MediaSK, le média externe du groupe SK, a interviewé la peintre coréenne Kim Hyun Jung, remarquée pour sa série « Naesoong », qui dépeint le quotidien à double face des femmes en hanbok. Kim Hyun Jung raconte comment, confrontée pendant ses études à une dépression et à des difficultés relationnelles, elle en est venue à saisir la duplicité des gens à travers le mot-clé « Naesoong » et à peindre des autoportraits sur ce thème. Elle explique qu'elle se rend chaque jour à son atelier comme une salariée pour peindre, et poursuit son activité de « dessin social », un échange d'idées avec son public.

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« Effrontée », « audacieuse », « Naesoong » — voilà les mots qui reviennent le plus souvent pour décrire l'artiste Kim Hyun Jung. Elle a balayé sans ménagement le préjugé selon lequel la peinture coréenne se devrait d'être noble et distinguée, et elle attire l'attention par des idées et des techniques résolument originales. Nous avons rencontré Kim Hyun Jung, l'« idole du monde de la peinture », qui réinvente avec humour la peinture coréenne autour du mot-clé « Naesoong ».

■ La femme en hanbok, tout en fausse pudeur, est l'autoportrait de l'artiste

Les tableaux de Kim Hyun Jung parlent de « Naesoong ». Elle saisit des femmes vêtues d'habits nobles, mais dont le quotidien ne l'est pas du tout. On y voit par exemple une femme ayant relevé sa jupe de hanbok jusqu'aux genoux, mangeant des ramen sous un parasol devant une supérette, ou une autre assise sur un plongeoir, totalement absorbée par son smartphone.

Ce sont des situations banales que chacun a peut-être déjà vécues, mais lorsque le public les retrouve incarnées par cette femme en hanbok pleine de fausse pudeur, il éclate de rire.

« Votre estomac gronde, mais vous dites à l'homme qui vous plaît que vous n'avez pas faim, histoire de faire bonne impression — ça vous dit quelque chose ? C'est exactement ça, le charmant ‘Naesoong'. Mes œuvres montrent une femme qui feint de ne pas être ce qu'elle est pour plaire aux autres. Et c'est aussi, d'une certaine façon, une confession, un morceau de moi-même. »

C'est en deuxième année d'université que Kim Hyun Jung a eu l'idée de développer le thème du « Naesoong ». Elle traversait alors une dépression et avait du mal à côtoyer les autres. Ce qui la faisait le plus souffrir, c'était la duplicité des gens, différents en façade et en coulisse. Kim Hyun Jung a décidé de saisir cette facette des gens à travers le mot-clé « Naesoong ».

Au début, elle pensait à des personnes qu'elle n'aimait pas et mettait en scène des figures empreintes de « Naesoong ». Mais un jour, elle s'est reconnue elle-même dans ces tableaux. Kim Hyun Jung a compris que si elle n'aimait pas ces gens, c'était en fin de compte parce qu'ils lui ressemblaient — et c'est à partir de là qu'elle a commencé à peindre des autoportraits confessionnels.

Fidèle à l'esprit de l'autoportrait, le modèle de ses œuvres est toujours elle-même. Après avoir conçu une composition, elle se photographie en personne, vêtue d'habits fins qui révèlent la silhouette du corps. En reportant cette photo sur la toile dans un style proche du nu, elle obtient l'esquisse de base. Par-dessus, elle façonne le haut du hanbok en collant, couche après couche, du papier hanji qu'elle a elle-même teint, tandis que le bas est rendu par de légers lavis d'encre — une association inédite entre le collage occidental et la technique orientale de l'encre et des couleurs légères.

(Photo : « Naesoong : La table parfaite », 2013, encre et couleurs légères avec collage sur papier hanji / « Naesoong : Retirée du monde », 2012, encre et couleurs légères avec collage sur papier hanji)

« À force de répéter plus de trente fois les couches de peinture et de superposition, il me faut entre deux et six mois pour achever une œuvre. On me dit parfois qu'un simple point sur une toile suffit à faire une œuvre d'art, et que je m'y prends d'une manière bien trop obstinée (rires). Mais je pense qu'une bonne œuvre exige du temps et une attention soutenue. »

(Photo : « Naesoong : Une nuit où j'aurais bien envie d'un soju », 2016, encre et couleurs légères avec collage sur papier hanji)

■ Une artiste qui « travaille dur » comme une salariée, et savoure ce plein engagement

Lorsqu'elle rencontre son public ou participe à des événements, Kim Hyun Jung porte toujours un élégant hanbok, devenu sa marque de fabrique. Au début, elle éprouvait presque de la gêne à sortir en hanbok en dehors des fêtes traditionnelles, mais le sens de la mission qui l'anime, en tant qu'artiste peignant cette « femme en hanbok pleine de fausse pudeur », a fini par dissiper cette gêne.

(Photo : pour Kim Hyun Jung, le hanbok est désormais plus confortable et plus naturel qu'un jean ou une robe.)

Cet attachement à son œuvre l'a même poussée à changer de style vestimentaire, et elle est aussi réputée pour mener son travail de peinture avec le sérieux d'une « salariée ». Sept jours sur sept, elle commence à 9 heures du matin et travaille parfois jusque tard le soir — un rythme redoutable, largement inspiré, dit-elle, d'un cours de gestion suivi pendant ses études.

« Je trouvais paradoxal que les œuvres d'art coûtent cher alors que les peintres restent pauvres, et j'ai choisi la gestion comme double spécialité pour mieux comprendre le marché de l'art. Le premier jour de cours, j'étais arrivée dix minutes en avance, et il ne restait déjà plus qu'une place tout au fond, dans un coin. Aux Beaux-Arts, arriver avec trois minutes de retard, c'était encore être plutôt en avance ; en gestion, c'était tout autre chose. En voyant ces étudiants travailler avec une telle discipline, je me suis demandé si, moi, je peignais avec autant d'acharnement. »

Ne voulant pas devenir une « artiste affamée », elle a décidé de peindre avec plus d'assiduité et de sérieux que les autres. Quoi qu'il arrive, elle se rend chaque matin à son atelier pour peindre.

« Dès l'instant où je peins, tous mes soucis disparaissent. N'est-ce pas exaltant de pouvoir consacrer toute son énergie à ce qu'on aime ? Cette même émotion, je la ressens encore en observant le public s'absorber dans mes œuvres. Quand les gens apprécient sincèrement mes tableaux et disent ‘c'est amusant', ‘je m'y reconnais', j'en éprouve une grande fierté et beaucoup de joie. »

■ Le « dessin social » : peindre avec le public

Si elle a intégré le concept de « dessin social » à sa pratique artistique, c'est aussi pour permettre au public de savourer davantage la peinture. Kim Hyun Jung définit le dessin social comme « un processus où le public et l'artiste échangent leurs points de vue et construisent l'œuvre ensemble ». Plutôt que d'exprimer la vision unilatérale d'une seule artiste, elle intègre, via ses activités sur les réseaux sociaux, les opinions, les expériences et les points de vue du public dans ses tableaux.

« La force motrice de mon travail vient du public. Je voudrais continuer à créer des œuvres et des expositions qui rendent toujours plus de gens heureux et joyeux. Cette année, je prévois de commencer un travail intitulé ‘Peinture de mœurs du XXIe siècle' — je reviendrai bientôt à la rencontre du public avec de nouvelles œuvres. »

Tout comme elle a elle-même trouvé une forme de guérison dans la peinture, Kim Hyun Jung espère que son public y trouvera aussi du plaisir. Espérons que son imagination pétillante et effrontée saura apporter un peu de gaieté dans le quotidien de nombreuses personnes.

CREDIT

Texte et photos / MEDIA SK