N-Contenu_MoneyToday | Le quotidien effronté d’une femme en hanbok – le monde séduit par son humour et sa vivacité
L'artiste Kim Hyun Jung est présentée comme une peintre coréenne ayant acquis une renommée mondiale grâce à sa série « Histoires de Naesoong », qui dépeint le quotidien effronté de femmes en hanbok. Elle explique pourquoi elle associe le hanbok et les techniques traditionnelles d'encre et de lavis coloré à des sujets contemporains, évoque sa série « Scènes de mœurs du XXIe siècle », ses collaborations avec des entreprises, ainsi que sa réflexion sur les droits d'image. Photos : Song Eun-ji, Kim Hyun Jung Art Center.
Voir le texte intégral
Une femme relevant sans façon son hanbok pour monter dans une auto tamponneuse ; une jeune fille aux cheveux nattés, vêtue d'un élégant hanbok, souriant radieusement les mains chargées de sacs de shopping… Les figures féminines effrontées et sans complexe de ses toiles laissent deviner le quotidien de l'artiste. Nous avons rencontré la peintre Kim Hyun Jung, qui exprime avec une audace espiègle l'élégance et la dignité que l'on associe au hanbok et à la peinture traditionnelle coréenne.
« Histoires de Naesoong » : la tradition rehaussée par l'esprit de la femme moderne
En janvier 2016, Kim Hyun Jung a présenté une exposition personnelle sur invitation au Metropolitan Museum of Art de New York ; au Musée national d'art contemporain, elle a été la plus jeune artiste invitée à participer à une exposition retraçant l'histoire de la peinture coréenne. En 2017, elle est devenue la première artiste plasticienne coréenne à figurer dans le classement « 30 Under 30 » du magazine économique américain Forbes. Interrogée sur ce parcours impressionnant, Kim Hyun Jung a répondu avec modestie : « C'est parce que je suis quelqu'un d'optimisé pour les concours d'entrée en art. »
« Le caractère “sul” dans “misul” (l'art) est le même que dans “gisul” (la technique) – il signifie le savoir-faire. Tout comme on perfectionne une technique à force d'entraînement, il faut, je crois, peindre longtemps et avec constance. Même le grand Picasso aurait réalisé environ 30 000 œuvres… Sachant que je ne suis pas particulièrement douée, j'ai peint d'autant plus, et longtemps, et c'est grâce à cela que j'obtiens peu à peu de bons résultats. »
Kim Hyun Jung confie qu'à l'image de nombreuses femmes de sa génération, elle aime les marques de luxe et le shopping – mais que cela s'accompagne d'un travail acharné et constant en coulisses.
« À l'université, j'ai suivi un double cursus en peinture orientale et en gestion, sans négliger aucun des deux. Cela m'a permis de sortir diplômée en étant classée deuxième de toute ma promotion des beaux-arts. »
Après ses études, elle a continué à peindre assidûment, affinant son talent. C'est alors qu'une exposition consacrée au thème du « Naesoong » a attiré des foules et suscité un vif intérêt. « Histoires de Naesoong », qui brise le préjugé selon lequel les femmes en hanbok seraient sages et réservées, constitue à la fois un autoportrait de l'artiste et une représentation de la femme moderne.
Selon Kim Hyun Jung, le hanbok est « un vêtement particulièrement efficace pour exprimer l'idée que l'on peut, tout en portant une tenue élégante, adopter des comportements des plus ordinaires et quotidiens ». Le contraste entre une tenue protocolaire et un comportement qui bouscule (?) les convenances permettrait de transmettre le thème du « Naesoong » de façon plus intuitive. L'artiste attribue une signification particulière à l'ampleur de la jupe du hanbok : « La jupe est si large. Je voulais exprimer qu'elle renferme une multitude d'histoires, un espace secret, presque comme un univers. »
Dans ses œuvres, le « Naesoong » désigne « toute attitude consistant à afficher une apparence extérieure différente de son sentiment intérieur, afin de satisfaire le regard ou le jugement d'autrui ». Pour exprimer ce Naesoong, Kim Hyun Jung dessine d'abord ses personnages nus, puis compose le corsage (jeogori) en papier hanji, selon une technique proche du collage occidental. Cela permet de restituer avec vivacité la texture froissée si particulière du hanbok. Pour la jupe, elle recourt à la technique de l'encre de Chine, dont elle module la concentration pour suggérer un corps féminin à peine voilé, presque transparent. Elle invite ainsi le spectateur à saisir intuitivement ce qu'est le Naesoong : « on voit tout, à travers ». Les chaussures ou sacs de luxe qui apparaissent dans ses œuvres sont tout à la fois des « cristallisations du regard », dont la valeur n'est maximisée que par les regards portés sur eux, et des objets porteurs d'une ironie : ils suscitent l'attachement instinctif de femmes du même âge tout en étant regardés avec une certaine réprobation. Ils symbolisent ainsi l'ironie entre le « regard » et les « idées reçues ». Kim Hyun Jung précise : « De jolies chaussures, un sac, un café : ce sont des éléments contemporains qui contrastent avec le hanbok traditionnel, mais qui, associés à lui, éveillent fortement mon besoin d'expression. »
Qu'est-ce qui l'a poussée à introduire le quotidien effronté de l'homme moderne dans la peinture coréenne traditionnelle, un art que l'on imagine pourtant attaché à la tradition ?
« Je pense que la mission d'une artiste est d'exprimer qui elle est. Je me suis donc beaucoup interrogée : quel genre de personne suis-je ? J'en suis arrivée à la conclusion que j'étais quelqu'un qui se souciait énormément du regard des autres. »
Quel que soit l'objet qu'elle choisissait, elle se souciait d'abord de savoir s'il plairait aux autres, plutôt que de se demander s'il lui plaisait à elle-même. Le regard d'autrui était son miroir, confie Kim Hyun Jung, et c'est pourquoi elle manquait d'un centre de gravité propre. « J'ai pensé appeler cela “l'histoire du regard”, mais c'était trop lourd ; j'ai donc préféré commencer avec humour et légèreté — c'est ainsi qu'est né le “Naesoong”. »
Après « Histoires de Naesoong », Kim Hyun Jung travaille désormais sur la série « Scènes de mœurs du XXIe siècle ». Des œuvres comme « La Naissance de Vénus » ou « Style italien » représentent des personnages contemporains dans leur quotidien, sans hanbok cette fois — mais la différence tient à ce qu'elles dépeignent un quotidien coréen rarement visible à l'étranger. Que représente donc la « Corée » pour Kim Hyun Jung ?
« Par exemple, lors de mon exposition personnelle à New York, je me souviens de l'enthousiasme des visiteurs étrangers devant l'œuvre “Toi qui me fais bouger”. On y voyait une femme en hanbok sur un scooter de livraison McDelivery, et ils me demandaient : “Comment avez-vous eu l'idée de faire livrer du McDonald's ?” C'est à ce moment-là que j'ai réalisé que le McDelivery n'existait qu'en Corée. La tradition, les choses anciennes, c'est bien, mais j'ai compris que des éléments culturels propres à la Corée — le McDelivery, les saunas jjimjilbang, le gommage corporel professionnel — pouvaient tout autant devenir des sujets. »
La « Corée » recréée en scène de mœurs du XXIe siècle
Après sa première année dans un lycée spécialisé en art, Kim Hyun Jung s'est découvert une fascination pour la peinture à l'encre et a choisi la peinture orientale comme spécialité. Elle dit avoir été profondément marquée par un livre consacré à l'œuvre du maître Kim Hong-do, qui l'éclaire sous l'angle de la « beauté coréenne ». Désireuse de se rapprocher de l'esprit, du sens aigu de l'observation et de la vivacité du pinceau que l'on retrouve dans ses œuvres « Le jeune danseur » et « La lutte », elle est restée fidèle aux techniques et matériaux propres à la peinture orientale.
« Dans la peinture orientale, on distingue globalement la peinture chinoise, japonaise et coréenne. La Chine privilégie l'encre, le Japon la couleur. La Corée, entre les deux, combine les deux techniques, que l'on appelle respectivement technique à l'encre (sumuk) et technique du lavis coloré (damchae). La technique à l'encre joue sur la concentration de l'encre — le noir traditionnel provient de la suie recueillie dans les foyers. Pour les éléments secondaires de mes tableaux, j'utilise la technique du lavis coloré, avec une peinture composée de pigments traditionnels en poudre mélangés à de la colle animale. »
Si les décors et les éléments de ses tableaux sont résolument modernes, elle reste fidèle à la tradition dans sa technique et ses matériaux, créant ainsi des œuvres qui préservent la beauté traditionnelle tout en restant accessibles et proches du public.
Kim Hyun Jung affirme vouloir présenter avec assurance sur la scène internationale la beauté singulière de la peinture à l'encre coréenne, du hanbok et du papier hanji, et obtenir la reconnaissance qu'elle mérite.
« Suh Do-ho, dans des œuvres comme “Maison dans la maison”, représente nos hanok traditionnels à l'aide de tissus traditionnels. Je trouve formidable la façon dont il réinterprète les éléments de la beauté coréenne pour créer une beauté à laquelle tout le monde peut s'identifier. »
Kim Hyun Jung rêve d'un art qui ne soit pas seulement beau, mais qui puisse aussi s'infiltrer dans la vie quotidienne. « L'un de mes rêves est de faire de l'art, comme la musique, une partie intégrante du quotidien, quelque chose que tout le monde puisse apprécier facilement, au cœur même de la vie de tous les jours. Les collaborations de marque de Takashi Murakami montrent que la pénétration de l'art dans la sphère commerciale peut être une des voies possibles. »
Si elle puise aussi son inspiration chez d'autres artistes, ses œuvres étant fondamentalement des autoportraits, c'est surtout dans les instants de la vie quotidienne qu'elle trouve son inspiration.
« Par exemple, “Esprit combatif” m'a été inspiré par un moment où, ayant sauté des repas pour continuer à travailler, j'ai cru que j'allais m'effondrer et me suis mise à dévorer un hamburger avec une énergie presque guerrière. Comme je continuais à peindre malgré la faim et que je ne voulais pas me graisser les mains, je me suis représentée en train de piquer mes frites avec une paille pour les manger. C'est ainsi, en puisant dans le quotidien, que je fais avancer mon travail. »
Ses œuvres regorgent d'éléments révélant les affections et les centres d'intérêt de Kim Hyun Jung au quotidien.
« Mes œuvres sont aussi le fruit d'une réflexion : en confessant ma vie et mes pensées, je cherche à retrouver mon véritable moi face au regard conventionnel des autres. Il est donc naturel que mon affection et mon intérêt pour les chaussures, les sacs ou le shopping transparaissent dans ces “autoportraits confessionnels”. »
Une croissance partagée grâce à la collaboration de divers experts
Bien qu'elle soit une peintre coréenne « qui réussit », Kim Hyun Jung ressent elle aussi le poids des difficultés bien réelles auxquelles sont confrontés les jeunes artistes. Le marché de l'art coréen n'étant pas encore très vaste, la demande pour les œuvres et les droits d'image reste limitée. Ainsi, si elle trouve du bonheur dans son travail de création, elle éprouve aussi parfois un sentiment de frustration en réalisant à quel point les jeunes artistes sont en position de faiblesse dans le monde du capital. Malgré tout, c'est le soutien de sa famille et de ses proches, ainsi que l'attention de ceux qui aiment ses œuvres et l'art en général, qui lui donne la force de continuer.
« Mes parents ne ménagent aucun effort pour me soutenir, et c'est par gratitude envers eux que je me pousse à continuer, même quand j'aurais envie de faire une pause tant c'est difficile. L'attention de ceux qui laissent des commentaires sur mon blog, par exemple, me donne confiance et courage. Je voudrais profiter de cette occasion pour dire que beaucoup d'attention et d'encouragements représentent vraiment une grande force pour une artiste. »
Kim Hyun Jung estime que, pour que les créateurs progressent ensemble, les échanges entre artistes de disciplines variées sont indispensables. Elle dirige actuellement le « H&A CENTER », le Kim Hyun Jung Creative Center, où des chercheurs venus d'horizons divers — cinéma, art textile, arts et culture — mettent leurs idées en commun. C'est grâce à cette collaboration qu'elle a pu réaliser des expositions variées et des collaborations de marque.
« Avec la multiplication des émoticones KakaoTalk et des projets de collaboration avec des entreprises, j'ai dû, au-delà du dessin, approfondir de nombreux autres aspects. Heureusement, grâce à la mise en commun de l'expertise de spécialistes de chaque domaine, nous parvenons à créer des produits amusants. On pourrait appeler cela de l'intelligence collective. J'ai vraiment senti que mes seuls efforts ne suffisaient pas, alors j'essaie, autant que possible, de tout faire en collaboration. »
Au-delà de ses œuvres, Kim Hyun Jung fabrique des produits dérivés variés, ce qui la conduit naturellement à s'interroger sur les droits d'image. « Les droits d'auteur musicaux sont relativement bien protégés, mais je pense que les droits d'image ont encore grandement besoin de l'être. » S'il existe de nombreux organismes et dispositifs de protection du droit d'auteur, les artistes en activité constatent, sur le terrain, qu'il reste encore beaucoup à faire. Kim Hyun Jung a appelé à une amélioration des systèmes en la matière : « Lors des concours ou des programmes de soutien aux artistes, il faut un système transparent permettant à tous de voir et de vérifier la sélection des contenus et les données correspondantes. »
Le « quotidien de la femme moderne » à travers des exemples de collaborations
« Dallyeogama / Let's Run » (2015)
Une œuvre réalisée en collaboration avec « Let's Run Park », l'hippodrome de la Korea Racing Authority. S'inspirant du motif traditionnel des peintures de chevaux au galop, elle capture l'instant où les quatre sabots du cheval lancé à pleine vitesse quittent le sol. Contrairement aux peintures équestres classiques, qui montrent généralement des nobles ou des aristocrates, c'est ici une jeune femme qui apporte une note de fraîcheur à la scène.
« Coca-Cola : Sprint doré en short-track » (2018)
À l'occasion des Jeux olympiques d'hiver de Pyeongchang, Coca-Cola et Kim Hyun Jung ont uni leurs efforts pour incarner les espoirs de la nation. La femme glissant sur la glace lisse, aux côtés des athlètes de short-track, procure une sensation grisante, indépendamment de la victoire ou de la défaite.
« Bausch & Lomb : Bausch & Lomb x Narcisse » (2017)
Plutôt qu'une femme assise sagement en hanbok, l'œuvre montre une figure allongée sans façon en train de mettre ses lentilles de contact. Le visage et la pose gracieux de la protagoniste laissent entrevoir une femme un peu plus libre dans son quotidien.