Peintre coréenne Kim Hyun Jung ARTIST Hyunjung KIM

Women’s News | « Naesung », un autoportrait empreint d’aveux sincères

Catégorie Journaux et articles en ligne Publié le 2015.11.04

La peintre Kim Hyun Jung a expliqué qu'à travers sa série « Naesung », qui associe des techniques traditionnelles de la peinture coréenne à un collage contemporain, elle exprime, sous la forme d'un autoportrait empreint d'aveux, la dualité humaine entre apparence et for intérieur. Par la transparence de ses hanbok, elle a voulu porter le message que « l'apparence diffère de l'intérieur ». Elle a par ailleurs indiqué avoir fait don, à de jeunes artistes femmes émergentes, du prix en argent reçu en 2015 lors du Prix culturel des femmes.

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Kim Hyun Jung, une peintre très remarquée

Une « peinture coréenne audacieuse » qui capte tous les regards

Une technique traditionnelle de coloris alliée au collage contemporain

Devenir une « missionnaire » de la beauté de la peinture coréenne

La peintre Kim Hyun Jung a déclaré : « Je souhaite devenir à l'avenir une ‘missionnaire‘ qui fait connaître au grand public le charme et la beauté de la peinture coréenne. » ©Lee Jeong-sil, photographe pour Women's News

Au lieu d'une tenue de jockey, une femme porte une jupe de hanbok laissant deviner sa peau ; elle la relève et chevauche un cheval de course lancé au galop. Ailleurs, une femme juchtée sur un grand cheval blanc se retourne pour tendre la main vers ses chaussures et son sac posés au sol.

Ce sont des œuvres de la peintre Kim Hyun Jung, 27 ans, exposées dans le cadre de l'exposition « Nouvelles peintures de belles cavalières » (新騎馬美人圖) au Seoul Horse Museum, au Let's Run Park de Gwacheon, dans la province du Gyeonggi. Surnommée « l'idole de la peinture coréenne » et affublée d'épithètes telles qu'audacieuse, impertinente ou provocante, elle ne déçoit pas non plus les attentes avec cette exposition. En prenant pour motifs les chevaux et la figure féminine, elle renouvelle le thème du « Naesung » qu'elle explore depuis longtemps. Rencontrée le 3 au Horse Museum, Kim Hyun Jung ressemblait trait pour trait à ses propres tableaux — logique, puisqu'il s'agit d' « autoportraits empreints d'aveux », l'artiste se prenant elle-même pour modèle.

« Il y a des gens qui vous sourient et vous disent de belles choses en face, mais qui vous jugent injustement dans votre dos. Blessée par ces personnes dont l'apparence diffère de l'intérieur, j'ai commencé la série ‘Naesung‘ pour caricaturer leur comportement. Mais en travaillant, en jetant un regard par hasard dans le miroir, j'ai vu que la personne que je caricaturais me regardait depuis le miroir. En fin de compte, le personnage que je tournais en dérision dans mes tableaux, c'était moi-même — un phénomène universel et instinctif qui surgit du désir d'être reconnue par les autres. »

Depuis qu'elle a commencé à peindre des autoportraits, l'artiste dévoile ses désirs comme une confession, suscitant ainsi l'empathie du public. Elle associe la technique traditionnelle de coloris de la peinture est-asiatique à un collage de papier hanji pour exprimer son sujet. Tandis que le jeogori (veste courte du hanbok) est composé d'un collage de hanji coloré qu'elle fabrique elle-même, la jupe reste invariablement rendue dans une encre de Chine translucide. Ce procédé occupe une place centrale dans sa démarche artistique.

« Je peins d'abord le personnage nu, puis je l' ‘habille‘ par-dessus. La veste jeogori, je la compose en collage de fin papier hanji pour rendre le bruissement caractéristique du hanbok, tandis que la jupe est peinte avec un lavis léger pour paraître transparente. Cette semi-transparence du hanbok, je l'ai conçue comme une technique destinée à faire passer le message : ‘on peut voir clairement à travers.‘ »

La méthode de travail de Kim Hyun Jung est également singulière. Une fois une œuvre conçue, elle réalise d'abord un croquis, puis prend des photos qui l'aideront pour l'esquisse. Pour ces photos, elle se photographie d'abord en legging afin de capturer la silhouette du corps, puis reprend exactement la même pose en hanbok complet. Elle explique le choix de cette méthode ainsi : « C'est parce que j'habille ensuite la silhouette du personnage dans le tableau, un peu comme on habille une poupée de papier. »

En traitant de sujets contemporains avec une technique traditionnelle, Kim Hyun Jung rompt avec les idées reçues sur la peinture coréenne et tisse avec esprit le quotidien des gens d'aujourd'hui dans ses œuvres, suscitant l'adhésion du public. Une certaine sincérité vis-à-vis du désir transparaît également. On dit qu' « on ne voit que ce que l'on connaît », mais les œuvres de Kim peuvent être pleinement appréciées même par ceux qui ne connaissent pas la peinture coréenne. Sa communication active sur les réseaux sociaux a aussi contribué à sa popularité. Depuis ses trois expositions personnelles consacrées au thème « Naesung Iyagi » (Histoires de Naesung) en 2013, les tableaux exposés ont systématiquement été « entièrement vendus ». À mesure que l'intérêt pour l'artiste grandissait autant que pour ses œuvres, interprétations et critiques diverses se sont multipliées à leur sujet. En particulier, un tableau représentant un café Starbucks et un sac Louis Vuitton a suscité des commentaires selon lesquels il s'agirait d'une « peinture destinée à rabaisser les femmes coréennes » ou représentant une « femme doenjang ». À ce sujet, elle a déclaré : « Je pense que l'expression ‘femme doenjang‘ dénigre et réprime injustement jusqu'au désir légitime d'une femme pour une vie aisée et raffinée. » Elle a ajouté : « J'aimerais que s'installe, sans distinction de sexe, une atmosphère où chacun reconnaît ouvertement, plutôt que de le réprimer, qu'il a un goût pour la beauté et une aspiration à une vie confortable. » Elle a précisé : « C'est l'une des convictions sincères que mon travail créatif m'a amenée à assumer. »

Bien que considérée comme une artiste prometteuse, son quotidien ne diffère guère de celui d'une employée de bureau. Sans manquer un seul jour, elle se rend chaque matin à son atelier et accomplit les heures de travail qu'elle s'est elle-même fixées. Les heures supplémentaires sont également monnaie courante chez elle — une influence de son modèle, le peintre Picasso.

« En étudiant la vie de Picasso, j'ai calculé le volume et le temps de travail sur toute sa carrière, et j'ai découvert qu'il achevait en moyenne une œuvre tous les 2,2 jours. En comparant avec mes trois ou quatre travaux par semestre à l'université, j'en ai eu honte. Depuis, j'investis la majeure partie de mon temps dans mon travail. »

En octobre dernier, elle a reçu le prix culturel Cheonggang lors de la cérémonie « Femme de l'année dans la culture 2015 » et a fait don des 5 millions de wons de prix au Réseau pour la culture des femmes. Ce don doit servir à soutenir de jeunes créatrices en difficulté. À titre personnel, elle réunit également, notamment grâce à ses droits d'auteur, des dons en nature qu'elle continue de verser régulièrement à un orphelinat situé près de son atelier.

Le rêve de Kim Hyun Jung en tant qu'artiste est clair : elle souhaite devenir une « missionnaire » faisant connaître au grand public le charme et la beauté de la peinture coréenne. L'année prochaine devrait marquer un pas de plus vers ce rêve : elle prévoit une exposition personnelle en janvier au Metropolitan Museum de New York, aux États-Unis, puis une autre en mars dans le quartier d'Insa-dong à Séoul. « Par rapport à la musique, le public qui apprécie l'art reste, dans les faits, relativement restreint, et la peinture est-asiatique, en particulier la peinture coréenne, peine encore davantage à attirer l'attention. Ne serait-ce pas vraiment gratifiant si, à travers mes œuvres et mes activités, davantage de personnes s'intéressaient à la peinture coréenne et à la culture traditionnelle coréenne, et y trouvaient du plaisir ? C'est pourquoi je compte d'abord créer des œuvres fondées sur l' ‘empathie‘, qui viennent toucher ce qui préoccupe le plus grand nombre. »

Lee Ha-na, journaliste

lhn21@womennews.co.kr

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