Peintre coréenne Kim Hyun Jung ARTIST Hyunjung KIM

Weekly Chosun | La peintre Kim Hyun Jung donne une conférence sur les tombeaux royaux lors de Joseon Talk (n° 2486)

Catégorie Magazines et périodiques Publié le 2017.12.11

Article de la rubrique « Culture People » paru dans Weekly Chosun (n° 2486, 11 décembre 2017), consacré à l'intervention de la peintre coréenne Kim Hyun Jung lors de l'événement Joseon Talk — organisé dans le cadre du projet « Ceinture culturelle des tombeaux royaux de Joseon » porté par la ville de Guri (province de Gyeonggi) —, où elle a donné devant le public du Centre d'éducation permanente de Nowon une conférence intitulée « Promenade dans les tombeaux royaux de Joseon ». L'artiste, diplômée de l'Université nationale de Séoul en peinture est-asiatique et en gestion, connue pour sa série Naesoong, y expose du point de vue d'une artiste l'histoire et la signification des tombeaux royaux de Joseon ; l'article revient aussi sur les coulisses de la conférence et sur son parcours de peintre. Photo : Im Young-geun (Yeongsang Media), texte : Ha Ju-heon.

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[Culture People] La peintre Kim Hyun Jung donne une conférence sur les tombeaux royaux lors de Joseon Talk

Pourquoi « l'idole de la Corée » s'est prise de passion pour les tombeaux royaux

« Que vous évoque le mot tombeau royal ? Moi, ce sont d'abord des plats qui me sont venus à l'esprit, comme le taereung-galbi ou le gwangneung-bulgogi. » Un sourire se dessina sur le visage des auditeurs. « Mais en réalité, il y avait une raison à cela. Sous la dynastie Joseon, les bœufs étaient précieux. On ne pouvait pas en abattre n'importe quand. Les jours où l'on célébrait des rites au tombeau royal étaient presque les seuls jours où l'on pouvait manger du bœuf. C'est pour cela qu'un plat à base de bœuf est associé au nom de chaque tombeau. »

Le soir du 5 décembre, à 19 heures, au Centre d'éducation permanente de Nowon, dans l'arrondissement de Nowon-gu à Séoul, la salle était comble. La peintre Kim Hyun Jung (29 ans) venait de commencer sa conférence, intitulée « Promenade dans les tombeaux royaux de Joseon avec la peintre coréenne Kim Hyun Jung ». Vêtue d'un somptueux hanbok, elle poursuivait ses explications sur les tombeaux royaux d'un ton qui mettait de bonne humeur rien qu'à l'écouter. Elle expliquait tout avec le calme et la familiarité de quelqu'un qui parle à des proches — on sentait que ce n'était pas la première fois.

Kim Hyun Jung est ce que l'on appelle la peintre la plus « en vogue » du moment, et cela vaut non seulement pour le milieu artistique coréen, mais aussi parmi les jeunes peintres en général. En avril dernier, Forbes l'a inscrite sur sa liste « 30 Under 30 2017 Asia », les trente personnalités de moins de trente ans les plus influentes d'Asie. Sa particularité : en moins de cinq ans d'activité, elle a créé un style pictural bien à elle, la série Naesoong. Dans l'une de ces œuvres, une jeune femme en hanbok, accroupie, mange des ramen ; au bout de son regard se trouve un sac Louis Vuitton, sur lequel repose en équilibre précaire un gobelet de café à emporter d'où le café vient tout juste de déborder. Une scène familière à toute jeune Coréenne, saisie avec beaucoup de charme — non sans rappeler le roman « Kim Ji-young, née en 1982 », à ceci près qu'elle est ici représentée avec élégance, du point de vue d'une femme maîtresse de son propre regard. « L'essentiel de Naesoong, c'est le regard. N'est-ce pas justement cela, la Naesoong : se composer une attitude pour bien paraître aux yeux des autres ? Lorsque j'ai exposé à l'étranger, j'ai essayé de traduire Naesoong, mais je n'ai trouvé que des mots à connotation négative. Désormais, je me présente comme une peintre qui scrute la femme séoulite du XXIe siècle. »

Une œuvre naît en plusieurs étapes. Elle imagine d'abord la composition. Puis elle rejoue elle-même la scène imaginée dans la réalité et la photographie. À partir de cette photo, elle réalise l'esquisse. Elle habille ensuite le personnage d'un hanbok grâce à la technique du collage de hanji. Dans toutes ses œuvres, la jupe du hanbok est de couleur encre noire. « C'est sous la jupe de la femme que naît la vie. L'encre est faite de cendres, ce qui reste après que tout a brûlé. Je pense que rien ne convient mieux que l'encre pour représenter cette jupe. »

La marque de fabrique de Kim Hyun Jung, c'est le magnifique hanbok. Toutes les femmes de ses œuvres portent le hanbok, et elle-même se présente en hanbok, que ce soit lors d'expositions ou de conférences. Ce jour-là, elle portait une jupe en patchwork de morceaux de soie assemblés, une création de la styliste Park Sul-nyeo. « J'aime le hanbok depuis mon enfance. Quand on achetait des vêtements pour le mariage d'un proche, j'insistais pour qu'on m'achète un hanbok, au point de le porter pour l'occasion. Dans le domaine du design de hanbok, il y a beaucoup de créatrices admirables. J'aime particulièrement porter les hanboks de Chaikim Kim Young-jin ou de Park Sul-nyeo. »

Kim Hyun Jung a étudié la peinture est-asiatique et la gestion à l'Université nationale de Séoul, une étudiante en art ayant fait une double spécialisation en gestion. « J'ai suivi des cours de gestion et je les ai trouvés passionnants. De toute façon, quand j'allais dans un café, j'étais toujours plus curieuse de son chiffre d'affaires ou de son taux de rotation que de sa décoration. J'ai aussi choisi la gestion à cause de l'anxiété que m'inspirait mon avenir : je voulais savoir si c'était vrai qu'un peintre est pauvre. » Ce qu'elle dit avoir réellement appris en étudiant la gestion, c'est une « ténacité acharnée ». « Les cours étaient extrêmement difficiles. Je me disais je vais m'asseoir devant pour bien suivre, j'arrivais dix minutes en avance, et je me retrouvais tout au fond. Finalement, il fallait arriver une heure à l'avance pour avoir une place devant. Je me suis dit qu'en étudiant ainsi, je réussirais quoi que j'entreprenne. »

Elle avait besoin d'être certaine de vouloir poursuivre la voie de peintre, et elle est donc allée voir des peintres plus expérimentés. « Je suis allée voir des peintres célèbres et je leur ai demandé : Combien avez-vous gagné ? Est-ce vrai que les peintres ont vraiment faim ? Je suis même allée poser la question dans des réunions de peintres. Il y en avait pas mal qui étaient plutôt à l'aise financièrement. C'est en quatrième année d'université que j'ai décidé de miser sérieusement ma vie là-dessus. Un jour, le professeur Cho In-ho, de l'Université nationale d'éducation de Corée, m'a demandé : As-tu déjà peint comme le ferait un employé de bureau ? En y réfléchissant, je me suis rendu compte que je n'avais jamais consacré tout mon temps à la peinture avec autant d'assiduité que quelqu'un qui va au bureau. C'est à ce moment-là que ma décision a été prise. »

À quoi ressemble le monde de l'art coréen vu par une artiste professionnelle en cinquième année d'activité ? « Avant de m'y frotter, je pensais : Pourquoi les gens n'achètent-ils pas de tableaux ? Pourquoi ne s'intéressent-ils pas à l'art ? Une fois sur le terrain, j'ai vu que ce n'était pas ça. Les gens voulaient s'approcher de l'art, mais ressentaient une barrière. J'ai décidé qu'au lieu d'attendre qu'une galerie me remarque, j'irais moi-même d'abord vers le public. »

Son exposition personnelle « Le Parc d'attractions Naesoong », ouverte en avril de l'année précédente, est le fruit de cette démarche. Plutôt que de simplement accrocher des tableaux, elle a aménagé l'espace comme un lieu où l'on aime venir se divertir. Le résultat a été un immense succès : les visiteurs faisaient la queue, et plus de 67 000 personnes sont venues. Derrière cela se trouve « la force du collectif » : le « Kim Hyun Jung Art Center ». « Au début, j'étais seule, mais les demandes de collaboration des entreprises se sont multipliées. Seule, je n'y suffisais plus. Aujourd'hui, une équipe d'une dizaine de collaborateurs venus d'horizons différents travaille ensemble. Nous sommes à la fois une société de design et une société de personnages (characters). Quand une demande de conférence arrive, comme cette fois-ci, c'est toute l'équipe qui la prépare ensemble. D'une certaine manière, je ne fais en définitive que représenter publiquement le résultat de ce travail collectif. La société joue aussi le rôle d'agence de gestion pour la peintre Kim Hyun Jung. Nous gérons actuellement treize canaux de réseaux sociaux. Notre société a une mission : rêver d'un art qui respire avec la société. À long terme, notre objectif est de devenir le JYP ou la SM Entertainment du monde de l'art. En étudiant l'histoire de l'art, j'ai compris qu'un seul peintre ne peut pas changer l'histoire à lui seul — il faut un groupe qui partage le même rêve. Nous avons accumulé beaucoup de savoir-faire au sein de l'entreprise. Ce serait dommage de ne l'utiliser que pour gérer Kim Hyun Jung. Notre objectif à long terme est aussi de découvrir d'autres bons artistes. »

En rencontrant Kim Hyun Jung, on comprend pourquoi on la surnomme « l'idole de la peinture coréenne » : elle sait exactement quels sont ses atouts et comment les faire connaître au grand public. C'est cette artiste qui a fait la rencontre des tombeaux royaux, à l'occasion du projet « Ceinture culturelle des tombeaux royaux de Joseon » (ci-après « la ceinture des tombeaux royaux »).

Les tombeaux royaux de Joseon : un témoignage de l'unité entre nature et cosmos

La ceinture des tombeaux royaux est un projet organisé par la ville de Guri (province de Gyeonggi), auquel participent aussi Namyangju, Nowon-gu et Seongbuk-gu. Il se déroule de 2016 à 2018. L'événement Joseon Talk s'inscrit dans ce cadre et a été organisé conjointement par la ville de Guri et Chosun News Press. Il s'est tenu le 5 décembre au Centre d'éducation permanente de Nowon, puis le 9 décembre au Guri Art Hall. Les quatre régions participant au projet comprennent des tombeaux allant de Geonwolleung, celui du roi fondateur Taejo (Yi Seong-gye), jusqu'à Yureung, celui de Sunjong, dernier empereur de l'Empire coréen — on peut ainsi voir, pour ainsi dire, le début et la fin de la dynastie Joseon. Les tombeaux royaux de Joseon ont été inscrits en 2009 au patrimoine mondial de l'UNESCO, pour trois raisons principales : ils illustrent une tradition funéraire unique fondée sur l'union avec la nature et le cosmos ; ils représentent une étape importante du développement des sépultures en Corée et en Asie de l'Est ; et ils sont directement liés à une tradition rituelle vivante, codifiée selon des cérémonies normalisées. Le fait que les 42 tombeaux soient intégralement conservés a également joué un rôle majeur. Parmi ces 42 tombeaux, deux se trouvent en Corée du Nord : Jereung, tombeau de la première épouse de Taejo, l'impératrice Sinui, et Hureung, tombeau de l'épouse de Jeongjong, la reine Jeongan. Sur les 40 tombeaux restants, neuf se trouvent à Guri : ce sont les Donggureung (« neuf tombeaux de l'Est ») — Geonwolleung de Taejo, Hyeolleung de Munjong, Mongneung de Seonjo, Wolleung de Yeongjo, Sungneung de Heonjong et de l'impératrice Myeongseong, Hyereung de Gyeongjong, Gyeongneung de Heonjong, Hwireung de la reine Jangnyeol, seconde épouse d'Injo, et Sureung du roi Munjo, élevé à titre posthume.

Quelle est la particularité propre aux tombeaux royaux de Joseon ? L'orientaliste Jo Yong-heon l'explique ainsi : « Par rapport aux tombeaux royaux du monde entier, ils sont d'abord remarquablement bien conservés. Leur emplacement est également excellent. Le pungsu (feng shui) était en quelque sorte la religion de la dynastie Joseon : des géomanciens employés par la cour royale choisissaient les sites. C'est pourquoi les tombeaux royaux se trouvent sur des emplacements fastes réunissant le Dragon bleu, le Tigre blanc, l'Oiseau vermillon et la Tortue noire, les quatre créatures gardiennes des points cardinaux. »

Si le palais représente la vie en ce monde, le tombeau royal représente la vie après la mort. Pendant cinq cents ans, les plus hauts dirigeants de Joseon ont sans doute médité, en contemplant les tombeaux royaux, sur le caractère éphémère et vain du pouvoir. C'est pourquoi il faut visiter non seulement les palais, mais aussi le sanctuaire royal de Jongmyo et les tombeaux royaux, pour saisir pleinement la silhouette de l'histoire. Le journaliste visite souvent les tombeaux royaux aux environs de Séoul. Le 18 novembre dernier, il s'est rendu à Jangneung, à Gimpo — un tombeau entouré de terrains de golf et de restaurants de galbi, mais qui conserve intact son charme suranné et raffiné. Les tombeaux royaux sont également très prisés des touristes étrangers : chez les rekijo japonaises, un « tour des dynasties » a même connu un vif engouement. Le terme rekijo associe les caractères de « histoire » et de « femme », et désigne des « femmes passionnées d'histoire ». Depuis leur inscription au patrimoine mondial, le nombre de touristes étrangers visitant les tombeaux royaux a encore augmenté.

La conférence de Kim Hyun Jung sur les tombeaux royaux s'est prolongée bien au-delà du temps prévu. Peut-être parce que les explications venaient d'un regard d'artiste plutôt que d'historien, elles paraissaient nouvelles et captivantes. L'attention du public était elle aussi très soutenue. Kim Hyun Jung a déclaré : « En préparant cette conférence sur les tombeaux royaux, j'ai ressenti une grande fierté pour notre histoire. » « Je me suis dit : Le fait qu'aucun tombeau n'ait jamais été pillé montre à quel point nous avons su préserver précieusement notre propre histoire. J'aimerais jouer le rôle d'un vecteur qui suscite l'intérêt pour les tombeaux royaux. N'est-ce pas seulement en les chérissant nous-mêmes que nous pourrons les faire connaître aux étrangers avec fierté ? »

[Légende photo] La peintre Kim Hyun Jung tient son œuvre « Naesoong : toi qui me fais bouger ». Photo : Im Young-geun, Yeongsang Media

[Légende photo] La conférence de Kim Hyun Jung sur les tombeaux royaux, le 5 décembre, au Centre d'éducation permanente de Nowon. Photo : Im Young-geun, Yeongsang Media

Journaliste Ha Ju-heon, everhope@chosun.com